La nation arc-en-ciel et son pays regroupant terres arides, vignobles luxuriants, plages, falaises rocheuses, lagons et forêts a bien choisi sa devise : « l’unité dans la diversité ». Au-delà de l’unité sud-africaine, c’est l’unité que nous formons tous ensemble sur cette planète que j’ai expérimenté lors de ces quelques mois passés dans un des pays les plus extrêmes du monde. Un voyage en Afrique du sud autrement.

Plus de 15 années après mon voyage, voilà la sensation qui me reste de ce pays coloré, paradoxal et diversifié qu’est l’Afrique du Sud.

Un souvenir puissant

Je marche, le sol est terreux, sec et rougeâtre. Devant moi, l’horizon à perte de vue. Un paysage aride et aussi chaleureux. Devant moi c’est l’infini. Le ciel est immense, et tellement présent. Je n’ai jamais vu le ciel aussi grand et majestueux. Je veux garder cette image au plus profond de moi. Les pieds sur la Terre, je me sens si petite sur cette planète. L’éclat du ciel juste au-dessus de moi est incomparable à ce que j’ai pu voir jusqu’à présent. Je fais partie d’un grand Tout, je suis entre le Ciel et la Terre. Je suis à ma place. Je suis.

Un voyage très organisé… par d’autres

J’avais à peine 20 ans. Je partais pour quasiment 3 mois de stage dans une entreprise locale, faisant un peu d’export, dans le cadre de mes études. Autant vous dire que mes parents n’étaient pas ravis quand je leur ai annoncé mon choix de destination. Mais ils m’ont toujours soutenue, et n’ont pas failli à la règle pour ce départ lointain vers l’inconnu.

J’ai fait le voyage jusqu’à Johannesburg avec une copine de classe qui partait sur Port Elizabeth. Je me souviens de notre séparation à l’aéroport. En quelques minutes tout est devenu silencieux… presque immobile… le temps s’arrêtait… l’air était lourd … autour de moi. Et je suis partie pour George.

Tout avait été organisé pour moi sur place par le propriétaire de la société dans laquelle j’allais faire mon stage, Mike. J’allais passer la première semaine chez lui, puis changer de famille chaque semaine, selon les disponibilités de chaque employé qui s’était porté volontaire pour m’héberger. Une chance inouïe de rencontrer des personnes de divers horizon, mais aussi la promesse de ne jamais poser ma valise réellement. Accepter de ne pas tout contrôler.

Prendre conscience de l’éphémère, de chaque instant.

Le programme changea rapidement et je m’installais chez Imelda du lundi au vendredi et passais chaque fin de semaine chez une famille différente. Imelda était ma collègue de bureau la plus proche et nous avons rapidement connecté. Les week-ends se suivaient mais ne se ressemblaient pas ; d’une ferme sans eau courante à une cabane en lisière de forêt, en passant par une grande maison de maître d’une famille catholique très pratiquante ou une maison de bois au bord de la plage.

L’odeur de la peau d’un veau séchant sous ma fenêtre, les singes dans le jardin au petit matin, le coca-cola remplaçant l’eau du container de pluie que je ne pouvais pas boire, le match de rugby France-Afrique du Sud dans une ambiance survoltée, le bobotie de mon anniversaire spécialement préparé par la maid d’Imelda, le vent dans mes cheveux lors d’une balade à moto sur la route qui longe l’océan, les discussions sans fin avec ma nouvelle amie, le barbecue sur la plage le soir de mon arrivée. Autant de souvenirs qui reviennent à ma mémoire lorsque j’écris ces lignes. Et surtout la bienveillance de chacune des personnes que j’ai rencontrées.

Recevoir et accueillir les leçons de la vie

J’y ai appris à suivre le rythme, suivre le flux, suivre les autres. J’y ai appris à faire confiance, dans un pays réputé dangereux, à faire confiance aux bonnes personnes, celles que mon intuition validait.

J’y ai appris la fragilité de l’être humain. Face aux éléments et aux autres espèces animales. La fragilité de l’être humain dans sa psychologie complexe et ses blessures qui ont conduit le pays à l’apartheid. La fragilité de l’humain, cachée derrière ses propres barrières, résistant au changement, mais ne pouvant déjà plus l’empêcher heureusement.

J’y ai appris la patience, moi qui venait d’un continent où tout doit toujours aller vite. J’y ai appris qu’on ne perdait jamais notre temps, même dans une file d’attente de 2h dans une banque. Le temps ne peut pas être perdu, il est juste vécu. J’y ai appris à ralentir, à profiter, à vivre.

J’y ai appris que la distance ne nous sépare pas de ceux qu’on aime. Que les liens peuvent même en ressortir encore plus fort. Que les mots qu’on ne dit pas toujours, s’écrivent facilement et se lisent avec des larmes d’amour dans les yeux.

Apprendre c’est toute ma vie, c’est toute la vie, puisque la vie est une école. Alors bien sûr c’était un début d’apprentissage, les bribes de ce que la vie me réservait pour la suite. Mon premier voyage initiatique. Celui qui m’a donné le goût de recommencer, le virus de l’ailleurs. Le voyage qui restera gravé au fond de moi indéfiniment. Les images sont parfois un peu floues dans mon esprit, mais les sensations et les sentiments restent nets et précis.

Et je finirai avec le cadeau que Mike m’a fait le jour de mon départ ; un petit livre en anglais pour devenir entrepreneur. Ma voie m’a-t-il dit à ce moment-là. La seule voie pour moi. J’ai souri, dit merci et pris le livre poliment. Une dizaine d’années plus tard je reconnais ici le premier signe que la vie m’envoyait sur mon chemin professionnel. Aussi clair et limpide qu’il fût, il m’a fallu beaucoup de temps, d’expériences et de licenciements pour choisir enfin cette voie, qui me convient tant.

Cape, ou pas cape ?!?

(Merci aux contributeurs de Pixabay pour les photos. A l’époque je n’avais pas d’appareil numérique et mes photos papiers sont sagement rangées dans un album !)

La Green Mandarine Letter

Viens chercher bonheur! Abonne-toi!

Merci!

%d blogueurs aiment cette page :