« L’école m’a rendue bête… » Voilà la phrase qui m’a poursuivie à partir de la fin de mon adolescence.

La scolarité d’un zèbre

Diagnostiquée « surdouée » à l’époque, « zèbre ou haut potentiel » aujourd’hui, cette étiquette m’a collée à la peau depuis mes huit ans, mais m’a aussi permis d’appréhender ma scolarité différemment. Il était devenu normal que je finisse les exercices avant tout le monde, que je trouve tout facile et chiant car tout était répété plusieurs fois, que je sois cataloguée « tête d’ampoule » qui répond à toutes les questions des instits, que je sois SAF (Sans Amis Fixes) dans la cour de récré. Parce que, quand on sait que seulement 2% à 5% de la population ont les mêmes schémas neuronaux que soi, on sait qu’on pense différent, qu’on EST DIFFÉRENT et c’est ok. Bon d’accord, la différence chez moi, c’est inné, je la cultive depuis la naissance : née en France de parents cambodgiens réfugiés, adoptée par une famille française au nom espagnol, déménagée quasiment tous les ans de un à vingt-huit ans, assumée homosexuelle… Vous me direz, en faisant partie d’une multitude de minorités, c’est simple d’accepter la différence. Mais le monde est fait d’inégalités : il y a des petits blonds et des grands bruns, des forts maladroits et des faibles habiles, des moches au grand cœur et des beaux à l’âme noire, des génies de pacotille et des cons de première classe, des forêts vierges et des déserts froids, des océans profonds et des montagnes majestueuses… Autant de différences qui font notre richesse lorsqu’on en a conscience et, qu’on les accueille et accepte à valeur égale.

Arrivée à l’adolescence, la pression sociale et le besoin d’appartenir au groupe m’ont quand même amenée à adopter un comportement de « petite branleuse du fond de la classe ». A partir du collège, j’ai donc adapté ma façon de faire et de vivre avec mes camarades : j’ai fait le pitre, je limitais volontairement mes résultats scolaires pour n’avoir que la moyenne, j’ai bavardé, été dissipée et surtout j’ai arrêté d’apprendre, enfin surtout de m’intéresser. Ainsi, j’ai survolé le secondaire sans y faire grand-chose… je n’ai pas ouvert mes livres ou lu mes leçons, je ne sais pas quel était le programme scolaire et je ne me souviens pas vraiment de la WWII et de toutes les dates importantes. J’ai surtout retenu que : quand tu as des bonnes notes, les autres te tapent ; quand tu fais de la merde, tu es une idole ; quand c’est la pause, tu peux jouer au tarot ; quand tu finis par avoir des amis et des potes, les relations humaines, c’est pas si simple.

Lorsque j’ai eu le bac que je ne voulais pas avoir, avec une mention en plus… ça a fini de me dégoûter du système. Pas challenging, pas intéressant, pas en phase avec les besoins des élèves, les bons comme les moins bons. J’ai donné des cours de soutien, j’ai été rémunéré pour faire les devoirs des autres, j’ai suppléé certains profs lors de cours dans des classes surpeuplées. Et ma conclusion a été : tous les élèves ne devraient pas l’être, tous les profs ne devraient pas l’être et moi dans tout ça, qu’est-ce que je fous là ?

Heureusement, en dernière année, j’ai eu la chance d’avoir LA prof de philo qui m’a ouvert les yeux et la conscience. En filière scientifique, les seules matières qui m’intéressaient étaient les mathématiques et la philosophie qui sont, pour moi, une seule et même discipline. Et là, j’ai compris : apprendre, ce n’est pas retenir par cœur des leçons, des dates ou des formules. Apprendre, ce n’est pas écrire des dissertations en explicitant les points de vue d’untel ou d’untel en citant ses grandes maximes. Apprendre, ce n’est pas écouter un vieux schnock étaler sa connaissance et moquer notre ignorance.

Et si on s’éduquait?

Apprendre, c’est se poser des questions, s’intéresser, se passionner, lire, s’informer, comprendre, transmettre, réfléchir, mettre en doute, évaluer, penser, peser. Apprendre, c’est être curieux et j’adore ça.

Or, ce n’est pas la mission de l’école mais c’est la vocation de l’éducation. Car l’école entend inculquer le savoir, façon bourrage de crâne… et quel savoir ? des théories empiriques tenues pour vérité vraie par des académiciens qui ne supportent pas d’être remis en question, des croyances paternalistes et sexistes propagées et promulguées par les grands pontes de l’Éducation Nationale, une uniformisation des idées et des pensées sous couvert de preuve scientifique et d’égalité des chances. Alors que l’éducation vise à apprendre à aimer apprendre. Vous voyez la nuance ? Parce qu’aimer apprendre, c’est la base d’une vie riche d’expériences et de rencontres, de contemplation et de beauté, de changements et de nouveautés, d’ouverture et de tolérance. Aimer apprendre, c’est aimer la vie.

La scolarisation, c’est formater les esprits, enfermer les enfants dans des carcans sociétaux, institutionnaliser la pensée, niveler les différences par le bas, cultiver l’assistanat, détacher l’homme de la nature.

L’éducation, c’est ouvrir les esprits, libérer les enfants des vieux us et coutumes devenus inutiles, élever la pensée, développer les potentiels, responsabiliser les individus, se mettre en symbiose avec son environnement.

Bon dis comme ça, on a l’impression que je suis « A bas l’école ! » – et pas « ABBA les colle »… Un peu en effet, mais je suis, avant tout, pour une RÉFORME de l’école qui a tout de même de bons côtés : permettre à tous d’accéder au SMIC (Seuil Minimum d’Information Cruciale) – savoir lire, écrire et compter pour s’autonomiser, la gratuité, la laïcité, la socialisation, certains professeurs inspirants qui ont la pédagogie et le goût d’enseigner, un moyen de faire garder et nourrir les gosses quand on est au boulot. Là où j’ai un problème c’est quand tout le monde doit apprendre la même chose, de la même manière, en même temps, au même rythme ; quand les parents se déchargent sur les institutions et les rendent responsables de l’éducation de leurs enfants ; quand les enseignants passent plus de temps en grève ou en dépression plutôt que de transmettre et former la jeunesse ; quand les jeunes sont épuisés par de trop nombreux devoirs et de trop nombreuses heures à s’ennuyer et se raboter le cul sur des chaises en bois ; quand on fait l’apologie de la médiocrité pour lisser le niveau de la population ; quand on entasse trente-cinq gamins dans une classe et qu’on espère entendre les mouches voler ; quand mes marmots ne veulent plus y aller parce qu’ils l’assimilent à un travail ou à de la prison alors que c’est THE Chance.

Alors je dis OUI À L’ÉDUCATION et non à la scolarisation bête et méchante. Parents, éduquons nos enfants à aimer apprendre ! Car à partir de là, toutes les portes leurs seront ouvertes.

Cape ou pas cape ?!

La Green Mandarine Letter

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