Sujet difficile voire tabou. Un gros mot pour certains, à trembler pour d’autres, c’est sûr, la mort peut faire peur. Cauchemar ou rêve, cela dépend de notre perception et de nos croyances. Il ne tient qu’à nous de transformer l’un en l’autre.

Très vite, je me suis confrontée à ce sujet et j’ai longuement débattu, et débats encore sur cette notion et ce qu’elle implique dans ma vie. La seule certitude que j’ai acquise en étant plus jeune et, que je garde encore aujourd’hui, c’est que je vais mourir. La perte des proches, des animaux de compagnie, des voisins, des connaissances de connaissances et l’observation de la nature, de l’univers, des civilisations m’ont fait m’imaginer ma mort, celle des gens que j’aime et de ceux que j’aime moins. Et dans ces rêves éveillés, j’ai vécu des catastrophes, des accidents, des maladies, j’ai vu des visages tristes, dévastés, j’ai gouté le sel des larmes, j’ai entendu le craquement des cercueils sous les flammes, j’ai eu mal, j’ai pleuré, j’ai ri… Et puis, je me suis demandé et alors ? et après ?

Avoir peur de la mort, avoir peur de la vie

La mort c’est froid, c’est chaud, vide, plein, noir, blanc… C’est surtout plein de questions et inconnu.  L’après, ça existe… ou pas.

Avant, j’étais athée, j’ai tout rejeté en bloc, Dieu, les dieux, les religions, la magie, la psychologie. Je ne croyais qu’en la science pure et dure, avec des éprouvettes et des tests, et ma devise était « Je ne crois qu’en ce que je vois » (Saint Thomas – ironique pour une athée, me direz-vous). Inconsciemment, j’ai développé cette peur de la mort qui a engendré la peur du long terme, la peur de ne pas avoir le temps, la peur de ne pas vivre assez. Il y a eu des répercussions étonnantes dans ma vie, comme le fait que je n’arrivais pas à me projeter au-delà de trente-cinq ans, que je ne pouvais pas m’engager dans une relation ou rester plus de deux ans à un endroit sans commencer à étouffer, que j’allais chercher la sensation de vivre dans tout ce qui procure de l’adrénaline. Bref, je vivais à deux cents à l’heure…et en fait, je survolais ma vie.

Mais j’avais aussi découvert le principe du doute, du questionnement. « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien », Socrate. Sa pensée s’était ancrée et m’a fait remettre en question tout ce que je croyais. La philosophie avait ouvert une porte, si bien qu’à terme, j’ai à nouveau tout rejeté en bloc. Tabula rasa. Aucune certitude. Ensuite, mon esprit s’est ouvert à un tout nouvel univers de théories, d’expérimentations, d’hypothèses, de postulats, de témoignages, différents ou similaires, scientifiques ou ésotériques, rapportés ou vécus, journalistiques ou romancés. Et j’ai commencé à construire mon Système Modulable de Croyances Propres (SMCP) qui évolue selon les expériences, les lectures, les apprentissages, les échanges.

Aujourd’hui, je suis spirituelle, j’accueille tout en bloc. Je trie, je pioche dans chaque religion, spiritualité, philosophie, science, musique, peu importe le domaine… je prends tout ce qui me fait du bien, qui me sert à avancer, qui me permet de me relever. Il m’a fallu des années pour prendre conscience et faire le lien entre mes actions qui traduisaient ma peur de la vie et ma peur de la mort. Peur de la mort, peur de la vie. Ça m’a frappé et j’ai décidé de ne plus avoir peur et accepter.

Si je veux aimer la vie, je dois aimer la mort.

Alors j’ai fait une revue et mise à jour du dossier C://SMCP/M/Mort

Paradis ou Enfer, des perspectives peu réjouissantes

En occident, les trois grands monothéismes qui dominent et influencent la pensée populaire ne nous rassurent en rien sur ce processus.

Après la chute, nous attend soit l’enfer pour tous les péchés que nous commettons (et soyons honnêtes, que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre… du coup, on se demande comment Satan peut encore accueillir de nouveaux arrivants. Je suis sûre qu’on dépasse la surpopulation là-bas dessous), soit le paradis (et pour les descriptions que l’on en a, on a l’air de franchement s’y faire chier… non mais, vous vous imaginez flotter sur un petit nuage toute l’éternité ou être entouré par soixante-douze vierges qui ne le resteront que le temps qu’on y touche… à moins qu’on n’ait pas le droit d’y toucher – oh la frustration – ou qu’il y ait un renouvellement continu du cheptel, ou une ré-hymenisation automatique… enfin bref je digresse).

Et puis, si on ne trouve pas les réponses dans la religion, alors nous avons les Lumières. Grâce à eux, Dieu est mort et notre âme avec. Bah oui, avec l’essor de l’athéisme, si nous avons pu nous libérer du joug de l’église, nous avons aussi perdu notre dimension spirituelle. Vive la science, l’homme n’est plus qu’une machine, bien huilée soit, mais machine tout de même. Et puis la machine quand elle tombe en panne, on en fait quoi ? Réparation, poubelle, recyclage, incinération.

Alors nous voilà dans de beaux draps… pour les croyants, l’après-vie c’est la merde et pour les non-croyants, c’est la merde aussi.

Tu m’étonnes qu’on ait peur de mourir, parce que vu ce qui nous attend, franchement, voilà…

Spiritualité et ésotérisme, des réponses ?

Heureusement pour nous, d’autres contrées y ont également pensé et pourraient peut-être même- nous réconcilier avec la mort.

Parce que d’abord, elles nous permettent de ré-instituer le principe de l’âme éternelle au-delà des religions et de l’inscrire dans un cycle qui a du sens (parce que, comme dit plus haut, l’éternité sur le petit nuage, ce n’est pas fun). Oui oui, vous savez ce truc dont on parle, et qui, il paraît, fait de nous ce que l’on est et qui, lui, ne meure jamais… On l’appelle âme, conscience, particule d’unité… et c’est quand même pratique, pour ne plus avoir peur, de se dire qu’une part de nous (ou la totalité de nous, cela dépend des perspectives), peu importe ce qui arrivera, nous survivra jusqu’à la fin des temps pour mieux se renouveler dans un nouveau multivers. Donc, nous disions, cette âme qui ne meure jamais, s’inscrit dans un cycle de réincarnation.

Réincarna…quoi ? Ça, c’est le CONCEPT qui m’éclate ! On nait, on vit, on meurt et on renait, on revit, on remeurt et on rerenait, etc… enfin bref vous avez compris le principe. Du coup, au lieu de percevoir le temps et la vie de manière linéaire, nous intégrons la notion de cycle. Et le cycle c’est bien, parce que c’est naturel…comme dans Nature. Eh oui, il suffit d’observer ce qui nous entoure et ce qui nous constitue pour comprendre que tout fonctionne selon des cycles : cycle respiratoire (j’inspire, j’expire), cycle saisonnier (printemps, été, automne, hiver), cycle journalier (jour, nuit), etc…

Notre corps, lui-même constitué de cellules qui se renouvellent jusqu’à l’apoptose, connaît le principe de la mort à chaque instant. Un autre exemple : le métabolisme qui est l’ensemble formé par le catabolisme, la dégradation et l’anabolisme, la synthèse. Notre organisme fonctionne sur base d’une action combinée destruction/création.

Et donc, maintenant que nous reprenons notre place dans le grand cycle de la vie, voilà que la mort ne paraît plus être si effrayante.

Comme on s’endort tous les soirs pour se réveiller tous les matins, on meurt tous les crépuscules de nos vies pour renaître toutes les aubes de nos vies.

Et d’une fin, la mort devient simplement le passage, la porte d’un état de vie à un état de non-vie (comme de l’éveil au sommeil ou l’inverse, si l’on s’imagine dans un monde version Matrix).

Un autre point de vue

Et lorsque l’on pousse encore un peu plus loin cette manière de voir les choses, les gens qui partent, ne le font que pour mieux revenir. Fini les souffrances de la vie et bienvenue dans le tout éternel où tout ce que l’on a vécu peut être intégré, digéré et absorbé pour enrichir la conscience de l’univers à travers la petite expérience qu’est la vie humaine.

Êtes-vous tristes lorsque vos enfants, vos amis fêtent leurs anniversaires, passent leurs diplômes, se marient ? Êtes-vous tristes lorsque vos proches partent à l’étranger, s’éloignent ? Si la mort n’est que peu différente de ces aventures terrestres, soyons tristes pour nous car les partants nous laissent derrière ou soyons heureux pour eux car ils franchissent une nouvelle étape et rejoignent un nouvel état d’être.

Au-delà de la mort d’autrui, c’est à sa propre mort qu’il faut ouvrir son esprit. Car la peur que l’on en a et le rejet de cette fatalité a ouvert une porte à tous les abus : la vie à tout prix, aux dépens de la dignité humaine. Que pensez-vous de ces hospices, mouroirs pour personnes en mal de vie et en mal de mort. Que pensez-vous de ces rescapés d’AVC, réveillés hémiplégiques ou tétraplégiques, dont la volonté de vivre les a quittés et qui attendent amèrement que la faucheuse vienne enfin les libérer du calvaire de la réanimation ?

C’est en niant notre mort que nous ne vivons plus que pour survivre. Obnubilés par la fin, la peur nous empêche de respirer. Le déni n’aide pas plus car oublier la fin nous empêche de prendre conscience de toute la valeur du voyage, car la vie est faite de miracles.

Avez-vous déjà observé la complexité et la simplicité qui s’allient pour qu’une cellule se reproduise, pour qu’un cœur puisse battre, pour qu’une feuille puisse nourrir de lumière son arbre, pour que chaque élément de la nature entre en symbiose avec son voisin ? Avez-vous déjà contempler les étoiles et rêver à d’autres mondes ?

Si l’on ne s’émerveille pas de ces petites choses, comment nous émerveiller devant l’infinité de l’univers.

Accepter ma mort, c’est accepter ma vie.

Je me réjouis de mourir, je me réjouis de vivre.

J’aime la mort, j’aime la vie.

La Green Mandarine Letter

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