Pourquoi le H me diras-tu ? et pas le A, le Z, le O ?  26 lettres disponibles et moi, je ne m’intéresse qu’au H.

Suis-je une lettriste (raciste des autres lettres) ?

En plus, franchement, le H… Qui ne s’est pas posé la question « Mais à quoi tu sers ? » ?

Parce que, mis à part nous emmerder pour écrire haricot ou heure et créer de petites subtilités dans notre belle langue : muet ? aspiré ? on peut faire la liaison et l’élision pour l’un mais pas pour l’autre – et d’abord c’est quoi une élision et puis, comment on sait qui fait quoi ?…

Parce que, mis à part être le symbole pour la signalisation des héliports et des hôpitaux (qui sont d’ailleurs, souvent équipés d’un héliport), on ne sait pas bien pourquoi on le garde (surtout en français, duquel il a été éliminé puis réintroduit)

Mais alors, pourquoi ai-je choisi le H ?!

Brice : Tu sais Natachatte, t’es comme le H de Hawaï

Natacha : C’est-à-dire ?

Brice : Tu sers à rien

Brice de Nice, 2005

Une simple histoire de prénom

Il ne faut pas aller chercher plus loin que ça : mon prénom commence par un H. Donc, c’est la première lettre que j’ai appris à tracer. Pas trop difficile d’ailleurs : 2 barres verticales et une barre horizontale au milieu. Jusque-là, tout va bien.

Un prénom simple : Heloa, cinq lettres, deux consonnes et trois voyelles.

Bien entendu, comme tout le monde sait qu’il y a un H mais personne ne sait où il est, l’orthographe de mon prénom a connu toutes les variantes possibles : Eloha, Elhoa, Eloah, Ehloa… Et crois-le ou non, jamais aucun membre de ma famille, si ce n’est mes parents, a su l’écrire juste avec un beau H en capitale. Mais bon, d’un point de vue phonétique, je ne peux pas leur en vouloir, ça marche toujours.

Ça se complique quand je découvre vers mes dix ans, un deuxième H dans mon prénom, là, planté au milieu des voyelles. Il a remplacé le L et tout s’affole : Salut toi ! qu’est-ce que tu fais là ? comment dois-je te prononcer ? muet, aspiré, guttural version germanique ?

Oh mon dieu, on m’aurait menti. Dix ans que l’on m’appelle Heloa pour découvrir que, sur mes papiers officiels, je m’appelle HeHoa. Oui oui, tu as bien lu H.E.H.O.A. Le prénom chinois hérité de ma famille biologique que, bien entendu, personne dans ma famille adoptive n’est capable de prononcer. Il y en a qui ont essayé… Ils ont eu des problèmes…

Du coup, j’oublie HeHoa et reviens à Heloa. Mais cela ne dure qu’un temps, car un jour, l’administration me tombe dessus : pour passer les diplômes d’état, il faut une carte d’identité. Et là, à treize ans devant ma copie, alors que je passe mon brevet, j’hésite pour remplir l’entête et puis, je me résigne, je recopie lettre pour lettre le nom que personne ne prononce. Déjà que Heloa n’est pas courant et m’a demandé d’être épelé, répété, écrit, conté pour qu’il soit compris et retenu, me voilà en train de recommencer ma biographie.

À la base, c’est une histoire toute bête, et un bout de papier, une requête officielle, un peu de sous aurait pu simplifier et rectifier tout ça mais, ça aurait été beaucoup moins drôle.

2003, HeHoa et ses deux H s’est réellement imposé dans ma vie à partir de mes dix-huit ans.

J’ai atteint la majorité, je remplis tous les documents officiels du nom de moi-même et donc, je n’ai plus le choix. Ma double vie commence : Hehoa pour les autorités, les instances officielles et les collègues, Heloa pour les amis, les proches et les intimes.

2008, c’est l’année qui marque le début de la fin de mon attachement à mon prénom.

J’ai déménagé, changé de pays. Je commence un nouveau travail dans une multinationale où je ne connais personne et mes contacts se font principalement par email. La phonétique de mon prénom devient sujette à adaptation en fonction de chaque culture, chaque langue, chaque personne : les espagnols remplacent mes H par une très gutturale Jota, les anglais et les hollandais les aspirent bien fort, si bien que je deviens un simple enchaînement de voyelles qui ressemble au titre d’une chanson de « Sacred Spirit[1] », et les australiens ont décidé de réorthographier le tout en Henoé (ne me demande pas pourquoi, je ne sais pas).

[1] Sacred Spirits, “Yeha Noha”

2009, je pars pour la première fois en backpack solo.

Je voyage, je rencontre des dizaines de personnes venant de tous horizons. Alors je décide de l’optimisation de mon prénom : simplification pour fin d’internationalisation. J’oublie tous mes H, je reprends mon L (j’aimerais dire mes ailes) et je me présente sous Eloa.

Eloa, encore plus facile, quatre lettres, toujours trois voyelles mais une seule consonne. Je me dis, c’est bon, je suis au maximum de ce que je peux faire pour rendre mon prénom intelligible et prononçable.

Mais c’était sans compter sur les langues à accentuation et notamment, le Thai. Et uniquement là-bas, mes amis locaux me connaissent sous le pseudonyme d’Ewa.

Et c’était sans compter la fameuse chaîne Starbucks… rien que pour eux, je suis Julie, Eva, Laura, Anita, Maria, Akiko, Apsara, en fonction du pays et de l’inspiration du moment.

2010, j’abandonne la lutte phonétique

Les gens interpellent. Si ça commence plus ou moins par le son [é] et se termine par le son [a], je réponds. Ella, Emma, Laura, Enora, Léa, etc… je me fous de comment les gens m’appellent, parfois je réponds juste, parfois pas.

Je signe d’un H. mes courriers et je laisse aux gens le loisir de fantasmer la suite à partir de cette consonne qui ne se prononce pas, mais qui se pense.

2014, mais où sont les H ?

Petite révolution, je suis libre de tout emploi. Hehoa n’a pas plus d’usage que par le passé, purement administratif. Je pars faire le tour du monde en adoptant Eloa, que je redécouvre dans sa simplicité, son accessibilité, sa mélodie lorsque prononcé par des accents exotiques. Et je l’aime bien ce prénom.

2017, ils sont revenus…

Voilà voilà… Tu connais l’histoire du trou au milieu de ton chemin[1] ? Mes H sont revenus en même temps qu’un emploi à plein temps dans une multinationale. Et j’ai l’impression d’être dans mon trou. Coïncidences ? Synchronicités ? Au même moment, mes amis s’y mettent aussi et commencent à rajouter des H (un ou deux) quand ça les chante.

Alors forcément, tu m’as vu venir… J’ai recherché un petit peu sur la symbolique du H.

[1] Voir plus bas : « Se rendre compte », Jorge Bucay

La symbolique de la lettre H

En Grec ancien,  Hêta perd sa fonction de consonne propre et devient une voyelle longue, qui perdurera sous la forme d’un esprit rude en grec moderne. En protosinaïtique, il est représenté par une barrière et en hébreu, il se rapproche du sens obstacle, crainte.

Ses Origines

On pense que le H est un phonème plutôt guttural hérité des langues phénicienne et proto-sémitique. Il a peu varié dans ses représentations écrites :

Un peu d’interprétation et de numérologie

Ambigu et ambivalent, le H fait partie de ces lettres avec deux dénominations possibles : « ache » masculin et « he » féminin (en français, nous avons tendance à privilégier la première).

Quand je le regarde en face, je vois deux barres verticales parallèles qui peuvent représenter le lien terre-ciel, une qui représente la voie féminine et l’autre, la masculine. La barre horizontale fait le lien entre les deux principes et lui donne une stabilité. Des angles droits et aucune courbe montrent qu’il est quelque peu rigide. Et le tout ressemble au premier degré d’une échelle : c’est le niveau de l’apprenti.

On dit qu’il fait partie des lettres cérébrales et oscillantes donc il s’adresse au domaine du mental avec des intérêts d’ordre matériel : ambition, pouvoir, raison, argent, statut social. De ce fait, il porte l’énergie de la réussite matérielle et de l’indépendance. Pas émotionnel, il a de l’énergie, le sens des affaires et de l’efficacité. Il peut avoir tendance à l’égoïsme ou à l’introversion, qui jouent en sa défaveur et risquent de ruiner ses réalisations.

En numérologie : Dans toutes les langues (français, hébreu, grec), il porte la valeur du 8 qui colle bien à sa symbolique littérale : matériel, pouvoir.

2 x 4 : double manifestation du 4 qui symbolise la matière. Du carré à l’octogone, il double la stabilité. Composé de deux cercles se superposant, il montre le point de passage du cercle matériel (cercle du bas qui englobe le cheminement de l’homme du 1 création au 7 perfection) au cercle spirituel (cercle du haut qui englobe le cheminement de l’être spirituel du 9 introspection au 21 totalité).

En rapport avec l’élément air (mental), son analogie avec les planètes Mars et Pluton, les signes du bélier et scorpion, les maisons II, VIII et XII font de lui un intime de ma condition zodiacale (de Scorpion, Ascendant Scorpion avec Pluton en…Scorpion et maison XII).

Dans le tarot, il correspond à la Justice. Côté pile, l’arcane porte des valeurs comme l’intégrité, la raison, l’équilibre, la méthode, la rigueur. Côté face, il symbolise le conflit, le déséquilibre, l’intolérance, le retard, la sévérité.

Si tu mets une claque au 8, tu le couches et il devient une belle lemniscate, symbole de l’infini ∞. Alors il prend sa dimension spirituelle : il représente le cycle éternel de destruction / création, action / réaction, naissance / transformation / renaissance et amène une idée de responsabilité, de cause à effet, de « dettes karmiques ».

« Si on court à l’infini, on revient à son point de départ » Kate Atkinson

Tu l’auras compris, tout comme le H, le 8 est ambivalent. Positif ou négatif, le sens que tu lui donnes détermine l’expérience que tu en as.

Et tout ça, dans ma vie de moi, ça veut dire quoi ?

Je suis toujours étonnée de la justesse de ce que je peux trouver dans l’astrologie, le tarot, la numérologie, etc… autant de disciplines dénigrées par la Science mais qui retrouvent quelques lettres de noblesse avec la spiritualité, la physique quantique et la statistique. Alors bien sûr, comme tout n’est que subjectif, on s’appuie sur le cinquième accord toltèque[1] et on continue.

[1] Youtube : https://youtu.be/mE2cpm2hD4E

En analysant mon rapport au H, j’ai pu prendre conscience de certains schémas dans ma vie qui se manifestent avec sa présence. Ainsi, s’il semble avoir une place centrale dans ma vie, le H est surtout là comme indicateur de mes priorités et de mes croyances en action. Il est profondément lié à mon image de moi et de celle que je renvoie.

Heloa est l’enfant qui pense, réfléchit, s’enthousiasme et après seulement, elle se permet de rentrer dans son corps, de vivre, de courir, de bouger.

Hehoa est l’adulte qui rationalise, prévoit, sécurise. Les deux H encadrent un petit E et empêchent toute velléité de fun, de fantaisie et de liberté.

Eloa est l’adultescente, la version libérée de ses barrières, qui rêve d’évasion, voyage, communique. Moins mentale, plus physique, elle vibre la joie, la réflexion, la bonne humeur et l’ouverture à l’autre.

Aujourd’hui, je choisis et ré-affirme qui je suis…

Et donc comment je m’appelle :

Je me lève un matin,

je sors de chez moi.

Il y a un trou dans le trottoir.

Je ne le vois pas

et je tombe dedans.

Le lendemain,

je sors de chez moi.

j’oublie qu’il y a un trou dans le trottoir,

et je retombe dedans.

Le troisième jour,

je sors de chez moi en essayant de me souvenir

qu’il y a un trou dans le trottoir.

Cependant, je ne m’en souviens pas,

et je tombe dedans.

Le quatrième jour,

je sors de chez moi en essayant de me souvenir

du trou dans le trottoir.

Je m’en souviens et,

malgré cela, je ne vois pas le trou

et tombe dedans.

Le cinquième jour,

je sors de chez moi.

Je me souviens que je dois penser

au trou dans le trottoir

et je marche en regardant par terre.

Et je le voie, mais, bien que je le voie,

je tombe dedans.

Le sixième jour,

je sors de chez moi.

Je me souviens du trou dans le trottoir.

Je le cherche du regard.

Je le vois, j’essaie de le sauter,

mais je tombe dedans.

Le septième jour,

je sors de chez moi,

je vois le trou. je prends mon élan,

je saute, de la pointe des pieds je frôle le bord opposé,

mais ce n’est pas suffisant

et je tombe dedans.

Le huitième jour,

je sors de chez moi,

je vois le trou.

je prends mon élan,

je saute, j’arrive de l’autre côté !

Je me sens si fier d’y être parvenu que je saute de joie…

et, ce faisant, je tombe à nouveau dans le trou..

Le neuvième jour,

je sors de chez moi,

je vois le trou.

je prends mon élan, je saute,

et continue mon chemin.

Le dixième jour,

aujourd’hui justement,

je me rends compte

qu’il est plus pratique

d’emprunter…le trottoir d’en face.

« Se rendre compte », Jorge Bucay

La Green Mandarine Letter

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